Pour se débarrasser des rats dans le jardin, il faut d'abord leur retirer ce qu'ils viennent chercher : de la nourriture facile et un abri tranquille. Compost ouvert, graines tombées des mangeoires, poulailler, fruits au sol et tas de bois suffisent à fixer une colonie. Une fois ces ressources coupées, un traitement par postes sécurisés vient à bout des rats installés, à condition de protéger enfants, animaux domestiques et faune sauvage.
Sur nos interventions dans l'agglomération toulousaine, le jardin est souvent le point de départ d'un problème qui finit au garage ou dans la maison. Voici ce qui attire les rats dehors, comment lire leurs traces, les gestes qui comptent vraiment et les précautions à prendre pour votre santé.
Pourquoi les rats s'installent-ils dans un jardin ?
Parce qu'un jardin leur offre tout au même endroit. Le rat que l'on croise dehors est le plus souvent le surmulot, ou rat brun, qui vit au ras du sol et creuse des terriers. Il lui faut trois choses : manger, boire et s'abriter. Un jardin ordinaire en fournit souvent sans qu'on y pense :
- un compost ouvert, surtout s'il reçoit des restes de repas ;
- les graines pour oiseaux qui tombent des mangeoires et s'accumulent au sol ;
- un poulailler, sa mangeoire et les grains renversés ;
- les fruits tombés sous les arbres en fin de saison ;
- les gamelles des chiens et chats laissées dehors la nuit ;
- un tas de bois posé à même le sol, des planches, des encombrants, une haie dense : autant d'abris.
Un jardin proche d'un ruisseau, d'un fossé ou d'un réseau d'eaux usées se trouve sur le chemin des surmulots. À Tournefeuille, par exemple, les berges du Touch servent de couloir aux rats, qui remontent ensuite vers les jardins et les composteurs.
Comment savoir si des rats vivent dans votre jardin ?
On voit rarement l'animal, qui sort surtout la nuit. Ce sont ses traces qui le trahissent :
- des terriers : des trous nets creusés au pied d'un mur, sous une dalle, sous l'abri de jardin ou dans le compost, avec parfois de la terre fraîchement rejetée devant ;
- des coulées : de petits sentiers tassés dans l'herbe, toujours les mêmes, le long des murs, des clôtures et des bordures ;
- des rongements : sacs de graines percés, fruits entamés, bas de porte d'abri ou tuyaux grignotés ;
- des crottes près de la mangeoire, du poulailler ou du compost.
Le nombre et la fraîcheur de ces indices distinguent un passage d'une installation. Si vous hésitez sur l'espèce, notre article sur la différence entre un rat et une souris aide à trier les indices.
Quels gestes retirent nourriture et abris aux rats ?
C'est la partie la plus efficace. L'autorisation de mise sur le marché d'un raticide que nous avons consultée, délivrée par l'ANSES, demande d'ailleurs de « retirer toute nourriture facilement accessible pour les rongeurs », comme des céréales éparpillées ou des déchets alimentaires : sans cela, même un traitement professionnel fonctionne mal.
Le compost. Le ministère chargé de l'écologie cite parmi les déchets que l'on peut mettre dans un composteur domestique les épluchures et les restes de repas, os et couenne compris. Il précise toutefois que les habitants sont généralement invités à ne pas déposer de produits carnés dans les composteurs partagés. Dans un jardin où des rats circulent déjà, nous conseillons d'aller plus loin tant que le problème dure : composteur fermé plutôt que tas ouvert, un grillage fin sous le bac, et ni viande, ni poisson, ni plats cuisinés.
Le poulailler. Le Code de la santé publique (article R1331-54) impose que les poulaillers soient « maintenus constamment en bon état de propreté et d'entretien ». En pratique, rentrez la nourriture le soir, ramassez le grain renversé et rangez les sacs dans des bacs métalliques ou en plastique épais fermés.
Les oiseaux. Une mangeoire n'est pas un problème en soi, ce sont les graines au sol qui attirent les rats. Choisissez un modèle qui limite les pertes, placez un plateau dessous et ramassez régulièrement ce qui tombe. Le même article R1331-54 interdit d'ailleurs « d'attirer ou de nourrir systématiquement ou de façon habituelle des animaux, notamment les pigeons et les chats, quand cette pratique est une cause d'insalubrité ».
Les fruits, les gamelles et les abris. Ramassez les fruits tombés, rentrez les gamelles la nuit, surélevez le tas de bois et éloignez-le de la maison, évacuez les encombrants.

Quelles précautions pour votre santé au jardin ?
Le principal risque sanitaire lié aux rats dehors est la leptospirose. Selon l'INRS, la bactérie se transmet par contact de la peau abîmée ou des muqueuses avec l'urine d'un animal infecté, ou avec de l'eau douce ou un sol contaminés par cette urine, par exemple en marchant sans protection sur un terrain humide ou boueux pendant des travaux de jardinage.
Les bons réflexes en découlent :
- portez des gants étanches pour vider le compost, déplacer le tas de bois ou nettoyer l'abri, et des bottes sur un sol détrempé ;
- couvrez toute plaie d'un pansement imperméable avant de jardiner, comme le recommande l'INRS ;
- ne rincez jamais une blessure avec l'eau d'un récupérateur, d'une mare ou d'un ruisseau : l'INRS déconseille l'eau non potable, même limpide ;
- lavez-vous les mains après chaque séance au jardin ;
- ne touchez jamais un rat mort à mains nues.
Selon l'INRS, la maladie débute le plus souvent comme un état grippal, en général 7 à 12 jours après l'exposition, parfois dès 2 jours ou jusqu'à 21 jours. Si de la fièvre apparaît dans les trois semaines, consultez un médecin et signalez-lui le contact avec des rongeurs. Les maladies en cause et leurs signes sont détaillés dans notre article sur les dangers des rats.
Pourquoi les raticides posés au jardin sont-ils dangereux ?
Parce qu'un appât dehors ne choisit pas qui le mange. Les rodenticides anticoagulants agissent avec plusieurs jours de retard. L'autorisation d'un de ces produits délivrée par l'ANSES, que nous avons consultée, porte la mention « dangereux pour la faune » et impose de placer les appâts hors de portée des enfants, des oiseaux, des animaux domestiques et des autres animaux non ciblés, dans des postes d'appâtage sécurisés.
Le danger ne s'arrête pas à l'appât. Un rat empoisonné reste vivant plusieurs jours et peut être mangé par un chat, un chien ou un animal sauvage : c'est l'empoisonnement secondaire. Pour le limiter, cette autorisation demande de rechercher et de retirer régulièrement les cadavres de rongeurs pendant le traitement. Elle interdit aussi aux particuliers d'utiliser ces produits en appâts permanents « pour éviter toute infestation », et de placer les postes près des évacuations d'eau.
L'ANSES rappelle enfin d'acheter uniquement des produits autorisés en France, avec des instructions en français, et de faire appel à une entreprise spécialisée en cas d'échec. En cas d'ingestion par un enfant, appelez un centre antipoison, et le 15 en cas de malaise ; pour un animal, contactez votre vétérinaire.
Sur une dératisation, nous posons des postes sécurisés sur les coulées repérées au diagnostic, nous relevons l'activité à chaque passage et nous retirons tout quand elle a cessé. Nos techniciens sont agréés Certibiocide.
Et si le rongeur n'est pas un rat ?
Au bord d'un ruisseau ou d'un fossé, le rongeur aperçu n'est pas toujours un surmulot. Le campagnol amphibie, qui vit au bord de l'eau, figure sur la liste nationale des mammifères terrestres protégés (arrêté du 23 avril 2007). Le détruire est interdit. C'est une raison de plus pour faire identifier l'espèce avant de poser quoi que ce soit près d'un cours d'eau.
Que faire quand le problème dépasse votre jardin ?
Si les rats viennent d'ailleurs, traiter seul votre terrain ne suffira pas.
Les rats viennent d'un terrain voisin. Commencez par en parler. Si la situation persiste, la mairie est l'interlocuteur. Selon Haute-Garonne Ingénierie, l'agence technique départementale, le maire doit faire respecter le règlement sanitaire départemental, dont l'article 119 oblige le propriétaire, quand la présence de rongeurs est constatée, à prendre sans délai les mesures prescrites par l'autorité sanitaire. Le maire peut lui enjoindre d'agir, et il s'appuie désormais aussi sur l'article R1331-53 du Code de la santé publique, qui impose d'entretenir jardins et abords pour ne pas laisser proliférer ces animaux.
Les rats sortent d'un regard ou d'une bouche d'égout sur la voie publique. Signalez-le à la mairie en précisant l'emplacement, et faites vérifier l'étanchéité de vos propres regards.
Des rats au jardin ne disparaissent pas avec un sachet de raticide glissé sous la haie. Retirer la nourriture et les abris, se protéger en jardinant, puis traiter avec des postes sécurisés suivis jusqu'à la fin de l'activité : c'est cet ordre qui règle le problème sans exposer vos animaux ni la faune du quartier.




