Oui, le danger des rats et des souris est bien réel, sur deux plans : la santé et le logement. Leur urine et leurs déjections peuvent transmettre des maladies comme la leptospirose ou la salmonellose et souiller les aliments, tandis qu'en rongeant câbles, gaines et isolants, ils abîment la maison et peuvent créer un risque de départ de feu. Ces risques se maîtrisent, à condition de ne pas laisser une présence de rongeurs s'installer.
Voici, à partir des données des autorités sanitaires et de nos interventions dans l'agglomération toulousaine, ce que les rongeurs peuvent réellement transmettre, les gestes à adopter après un contact et les dégâts à surveiller, sans dramatiser ni minimiser.
Les rats sont-ils vraiment dangereux ?
Oui, sans qu'il faille céder à la panique. Le danger vient moins de l'animal croisé une nuit que de ce qu'il laisse derrière lui : urine, déjections, denrées souillées, matériaux rongés. Plus une présence dure, plus ces traces s'accumulent dans les pièces que vous fréquentez.
Les risques se rangent en trois familles :
- les maladies, transmises par l'urine, les déjections ou une morsure ;
- la contamination alimentaire, dès que des rongeurs accèdent aux réserves ou aux plans de travail ;
- les dégâts matériels, dont certains, comme les câbles rongés, touchent à la sécurité du logement.
Quelles maladies les rongeurs peuvent-ils transmettre ?
Trois infections méritent d'être connues, chacune pour une raison différente.
La leptospirose est la plus connue, au point d'être surnommée « maladie du rat ». Elle est due à une bactérie éliminée dans l'urine d'animaux infectés, notamment les rongeurs. Santé publique France a recensé 274 cas en France hexagonale et en Corse en 2025, contre 441 en 2024. Ce n'est pas une infection anodine : sur les 562 cas signalés en 2025 en France, outre-mer compris, 68 % ont nécessité une hospitalisation.
La salmonellose peut se contracter par contact ou par des aliments souillés. Selon Santé publique France, le réservoir des salmonelles est principalement animal, domestique comme sauvage, et concerne notamment les rongeurs. Dans un logement, le risque lié aux rongeurs passe par les denrées et les plans de travail que leurs déjections ont pu atteindre.
L'hantavirus Séoul est porté par le surmulot, autrement dit le rat brun. Il reste très rare : le Centre national de référence des hantavirus, à l'Institut Pasteur, recense 15 cas humains en France depuis 2012.
Côté allergies, l'INRS documente des réactions aux allergènes présents dans l'urine des rongeurs, mais chez des personnes qui les manipulent dans un cadre professionnel, en laboratoire notamment. Ces observations ne permettent pas d'en tirer un risque chiffré pour un logement.
Comment se transmet la leptospirose, et quels signes doivent alerter ?
Selon l'ARS Bourgogne-Franche-Comté, la bactérie se transmet de deux façons : directement, en touchant de l'urine contaminée, ou indirectement, par contact avec de l'eau douce contaminée. L'ARS recommande d'ailleurs d'éviter l'eau douce en cas de plaie. Dans une maison, cela concerne par exemple le nettoyage d'une cave, d'un garage ou d'un local souillé par des rongeurs.
Les premiers signes ressemblent à ceux d'une grippe : fièvre, maux de tête et douleurs musculaires, qui apparaissent 5 à 14 jours après l'exposition. La maladie peut ensuite évoluer vers des atteintes rénales, neurologiques ou hémorragiques, et les formes sévères sont parfois mortelles.
Si ces symptômes apparaissent dans les 21 jours qui suivent un contact avec des rongeurs, leur urine ou une eau douce potentiellement contaminée, consultez rapidement un médecin, seul à pouvoir poser un diagnostic, et signalez-lui ce contact. Selon l'ARS, une prise en charge précoce réduit fortement le risque de forme grave. En cas de malaise important, appelez le 15, ou le 112.
Que faire après une morsure ou un contact avec des déjections ?
Une morsure ne s'ignore jamais, même petite :
- lavez soigneusement la plaie et désinfectez-la ;
- consultez un médecin, même si la blessure paraît bénigne : selon l'INRS, une morsure de rat peut transmettre une infection bactérienne, la streptobacillose ;
- profitez-en pour vérifier que votre vaccination contre le tétanos est à jour ;
- en cas de malaise ou de réaction grave, appelez le 15.
Pour nettoyer déjections et urine, protégez-vous d'abord :
- portez des gants étanches, des bottes si le sol d'une cave ou d'un garage est très souillé et, dans un local longtemps fermé, un masque FFP2 ;
- ne balayez pas à sec, ce qui remet des particules en suspension : aérez, puis humidifiez d'abord les déjections ;
- ramassez les déjections avec un papier à usage unique, jetez-le dans un sac fermé, puis nettoyez la surface avec un produit ménager, sans jamais mélanger plusieurs produits ;
- après tout contact, rincez et désinfectez la peau, puis lavez-vous les mains ;
- jetez tout aliment qui a pu être en contact avec des rongeurs ;
- ne manipulez jamais un rongeur mort à mains nues.
Si votre chien ou votre chat a été en contact avec un rongeur ou un appât, demandez conseil à votre vétérinaire.

Quels risques pour le logement ?
Les rongeurs doivent user leurs incisives en permanence, et les dégâts varient selon l'espèce et l'endroit :
- les câbles électriques : une gaine rongée laisse les fils à nu, ce qui peut provoquer un court-circuit et créer un risque de départ de feu ;
- les isolants : les souris y creusent leurs nids, les rats les dégradent aussi, et tous les souillent d'urine et de déjections ;
- les gaines et les matériaux durs : le surmulot s'attaque aux gaines, aux portes et parfois aux réseaux d'eau ;
- les emballages et les textiles : cartons, sacs et vêtements stockés sont rongés ou servent de matériau de nid.
Le plus préoccupant tient à la localisation de ces dégâts : combles, faux plafonds, vides sanitaires, gaines techniques. Invisibles depuis les pièces à vivre, ils s'aggravent tant que les rongeurs restent. Si vous découvrez des câbles abîmés, ne les touchez pas et confiez le contrôle de l'installation à un électricien.
Dans un restaurant ou un commerce alimentaire, il faut en plus présenter la traçabilité des interventions lors d'un contrôle : c'est ce que prévoit notre contrat Sani-Prévention HACCP.
Pourquoi les raticides du commerce ne règlent-ils pas le problème ?
Parce qu'un produit ne remplace ni le diagnostic ni la méthode, et parce que ces substances sont strictement encadrées.
Selon l'ANSES, l'appâtage permanent aux rodenticides anticoagulants n'a jamais été autorisé en France : ces produits sont réservés à un usage curatif, sur une infestation avérée, et les postes sont retirés à la fin du traitement. Les autorisations de mise sur le marché imposent en outre des postes d'appâtage sécurisés et étiquetés. Des grains ou des blocs glissés derrière un meuble ne respectent pas ces règles.
Pour un foyer, le risque n'a rien de théorique : un appât accessible peut être avalé par un enfant ou par un animal. Si un enfant en a avalé, appelez sans attendre un centre antipoison, même en l'absence de symptômes, et le 15 s'il perd connaissance ou respire difficilement. Pour un animal, contactez tout de suite votre vétérinaire.
Même bien utilisés, ces produits laissent la cause en place. Le rat se méfie des objets nouveaux, et les rongeurs évitent souvent les appâts dispersés, ce qui complique ensuite le diagnostic. Tant que les points d'entrée restent ouverts, d'autres individus prennent la place des premiers.
Sur une dératisation, nous utilisons donc des produits biocides homologués, à des dosages stricts, dans des stations sécurisées hors de portée des enfants et des animaux, avec des emplacements consignés et un contrôle jusqu'à ce que l'activité cesse.
Comment se protéger au quotidien ?
La meilleure protection consiste à ne donner aux rongeurs aucune raison de rester. Sans reprendre notre guide complet pour se débarrasser des rats et des souris, quelques gestes limitent l'exposition :
- rangez les denrées, croquettes des animaux comprises, dans des contenants hermétiques ;
- ne laissez ni sacs poubelle au sol pendant la nuit ni restes accessibles ;
- portez des gants étanches pour vider une cave, un garage ou un abri de jardin où des rongeurs sont passés ;
- colmatez les passages visibles depuis l'extérieur, sans murer une galerie active dont vous ignorez l'issue ;
- réagissez dès les premiers indices, que notre article sur les signes de présence de souris aide à reconnaître.
Les rats et les souris ne sont pas qu'une nuisance : ils peuvent transmettre la leptospirose ou des salmonelles, souiller les aliments et abîmer câbles et isolants. Ces risques se maîtrisent par des gestes de protection simples, un avis médical au moindre symptôme après une exposition et un traitement mené avec des postes sécurisés plutôt qu'avec des appâts dispersés.




